Les expériences « Vis ma vie » intriguent, troublent ou fascinent, mais laissent rarement indifférent. Il faut une belle ouverture d’esprit et une forte capacité d’adaptation pour se lancer dans une telle aventure. Alors imaginez maintenant que ce soit un enfant de 8, 9 ou 10 ans, qu’il s’agisse d’un pays étranger avec une autre langue, et qu’on parle d’une durée de 6 mois… Audacieux ? Complètement fou ? Ou idée de génie ?

Avis positif de Myrthe et Cécile en échange linguistique!
Myrthe (7 ans, Allemagne) avec Cécile (8 ans, France), sa copine d’échange grâce à 3elf

Avant de juger, explorons cette aventure proposée par l’association 3elf.
Le principe : 2 garçons ou 2 filles passent une année entière ensemble, 6 mois dans un pays et 6 mois dans l’autre.
L’objectif : les enfants apprennent une autre langue et expérimentent une nouvelle culture.
Le secret : leur intégration est facilitée par la chaleur de l’accueil. Grâce aux encouragements et à la bienveillance des 2 familles, ils se sentent en sécurité et ont le temps d’apprendre, de se tromper, de progresser.

A l’origine de cette association, Véronique Beautrait, une maman qui a vécu 6 échanges à la maison malgré un travail à plein temps. Elle en a ressorti le constat suivant : les échanges ont rendu mes enfants meilleurs à tous les niveaux : avec les autres, avec eux-mêmes, dans leurs choix de vie. Ils ont entre 16 et 29 ans, ont choisi des voies très différentes les uns des autres, ont une confiance absolue en l’avenir et sont bienveillants.
Ils ont la tête sur les épaules, sont conscients de la réalité mais sont sereins et vrais dans leurs engagements.

Logo de l'association 3elfC’est sur cette envie de faire vivre cela à d’autres familles qu’est né 3elf. Cette jeune association qui a maintenant 18 mois, s’est d’abord concentrée sur des échanges avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne puis plus récemment avec l’Espagne. Leur souhait : marier des familles qui en France comme à l’étranger ont cette volonté d’échange pour éveiller leur enfant à une culture et une langue différentes.

L’association fonctionne comme une petite structure animée essentiellement par des bénévoles qui travaillent ensemble depuis plusieurs années : quel que soit le pays, tous connaissent les familles et les enfants, car leur objectif, et leur particularité, est d’associer 2 familles qui se ressemblent et non pas de viser un pays ou une région.

Véronique a répondu à nos questions pour tenter de mieux comprendre l’engagement de ces familles et d’évaluer notre capacité à faire de même.

Pourquoi avoir créé 3elf ?

Nous avons créé 3elf lorsque nous avons décidé de nous spécialiser vraiment dans le suivi d’échanges pour les enfants de 8 à 10 ans.

Pourquoi 8-10 ans ? Parce qu’à cet âge, l’enfant n’a pas vraiment la notion du temps. Il sait juste qu’il a le temps d’apprendre, de s’intégrer, d’avoir de nouveaux amis, de découvrir de nouvelles activités, un nouveau système scolaire. Lui et sa famille « d’adoption » ont aussi le temps de créer des liens forts qui perdurent avec le temps, au fil des années.

A cet âge l’enfant apprend par le jeu et il n’est pas attiré par les réseaux sociaux. Il apprend donc plus vite, est complètement immergé sans « les parasitages » que peuvent connaître les adolescents.

A cet âge, l’enfant parle vrai et s’autorise à être lui-même. A nous de créer un vrai dialogue avec lui, une écoute et une confiance absolue.

Comment fonctionne l’association et quelles sont les différences par rapport à d’autres organismes d’échanges ?

Notre association a actuellement deux associations partenaires : une en Grande Bretagne et une en Allemagne. Nous démarrons cette année un partenariat avec une toute nouvelle association espagnole.

Notre grande spécificité : nous sommes tous bénévoles et parents d’enfants ayant fait des échanges entre 8 et 10 ans. Nos cœurs de parents savent comprendre les inquiétudes et questionnements des parents qui vivent l’échange.

Nous ne nous autorisons aucun jugement, nous sommes dans la bienveillance.

Nous nous déplaçons tous dans les trois pays (pour l’instant la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne ) et connaissons donc toutes les familles et tous les enfants individuellement. Nous décidons en équipe quelles familles nous « marions ».

Echange France-UK pendant un semestre
Lilou (9 ans, France) et Livvy (8 ans, Grande-Bretagne) ont échangé leurs familles avec 3elf

Le bénévolat nous permet de pratiquer des tarifs qui correspondent uniquement aux besoins de notre trésorerie. Nous souhaitons vraiment que tout enfant en demande d’échange puisse vivre sereinement cette expérience sans que l’argent soit un frein.

Nous suivons en binômes les enfants (en France et à l’étranger) durant tout le temps de l’échange.

Nous souhaitons proposer des échanges uniquement en Europe car nous voulons qu’après l’échange, de nouveaux séjours soient possibles dans les familles d’accueil pour garder des liens avec la culture, les amis, la famille et que bien sûr les acquis linguistiques s’approfondissent avec le temps… ce qui ne serait pas possible – ou difficile – avec un échange vers des pays plus lointains.

Un point intéressant et purement linguistique : l’apprentissage d’une langue en immersion vaut tous les cours de l’univers, même s’ils sont donnés par le meilleur des professeurs !

Que demandez-vous aux familles qui souhaitent participer à ce programme ?

Nous demandons avant tout de la sincérité. Le dossier, assez conséquent, est très complet et identique dans les trois pays et doit être rempli avec une grande honnêteté.

Nous demandons aussi aux familles d’être présentes aux réunions lorsqu’elles sont en échange pour favoriser la communication avec tous les coordinateurs et rencontrer d’autres familles. C’est aussi un moment privilégié pour que les coordinateurs puissent passer du temps avec chaque enfant.

Nous conseillons vivement aux familles d’organiser deux pré-visites (une en France et une à l’étranger) avant de prendre la décision de commencer l’échange.

La confiance est une des clés majeures de la réussite de l’échange : confiance en l’association et confiance entre les deux familles.

Comment déterminez-vous quelles familles vous associez ensemble et peut-on émettre des souhaits autour de certains critères, du pays notamment ?

Chaque famille, chaque enfant peut émettre des souhaits bien sûr. Cependant, nous cherchons vraiment une famille de cœur pour les enfants, une famille dans laquelle il se sentira bien, épaulé, choyé et encouragé en toute bienveillance.

Pour cela, il nous faut beaucoup réfléchir et penser à tout ce qui est indispensable pour le bien être de chaque enfant. En bref, notre priorité n’est pas du tout la langue à cet âge mais bel et bien l’ouverture d’esprit et la curiosité. La langue s’acquiert de toute façon si l’enfant est en confiance.

2 garçons de 10 ans contens de leur échange linguistique
Karl (10 ans, Allemagne) et Elias (10 ans, France) lors de leur échange avec 3elf

Nous ne proposons jamais un échange au hasard. C’est pourquoi il arrive parfois qu’un enfant doive attendre avant d’avoir une proposition d’échange.

Quels échanges ont déjà été réalisés et quels ont été les retours d’expérience des familles ?

Nous avons réalisé 35 échanges aujourd’hui terminés, 17 sont en cours et 7 démarrent en janvier 2019.

Les familles sont plutôt positives et favorables à cette démarche puisqu’elles nous « confient » les petits frères et sœurs et qu’elles en parlent à leur entourage.

Lorsque les enfants reviennent de leur séjour à l’étranger, ils reprennent très vite leurs habitudes, comme s’ils n’étaient jamais partis ! Persistent parfois quelques jours un petit accent ou quelques mots dans la langue qu’ils ont pratiquée durant 6 mois.

En revanche, au fur et à mesure du temps, des petites choses apparaissent, des changements subtils mais bien réels : dans l’écoute, la confiance en soi, la curiosité, la tolérance, le regard sur l’autre et sur la vie, et les stratégies d’apprentissages scolaires.

Quelles sont les difficultés pendant ou après le séjour à l’étranger, à la fois pour l’enfant et pour les familles ?

Si l’échange est bien préparé, il n’y a pas de difficulté réelle mais des ajustements. Lorsqu’un enfant arrive dans sa famille étrangère, son coordinateur référent lui téléphone pour s’assurer qu’il se sent bien. Il l’appelle plusieurs fois durant le séjour. Puis le coordinateur étranger prend le relais pour suivre ses progrès linguistiques.

L’enfant part aussi avec des enveloppes pré-timbrées et à l’adresse de son coordinateur. Il peut en envoyer dès qu’il souhaite être appelé. En aucun cas ces enveloppes sont des enveloppes d’urgence. Il peut juste avoir besoin d’un conseil ou nous annoncer une bonne nouvelle.

Les familles ont souvent besoin d’être écoutées et encouragées. Nous les conseillons sur l’attitude à adopter.

Chaque famille téléphone à son enfant une vingtaine de minutes par semaine.

Comment se sont passés les retours à l’école en France, y a t’il eu des ajustements nécessaires ?

Nous n’avons jamais connu de redoublement. Les enfants reviennent en classe comme ils en sont partis. Avec ce petit plus qui a son importance et qui se concrétise au gré du temps : ils ont acquis d’autres méthodes d’apprentissages, bien sûr inconscientes. Ils se découvrent donc d’autres clés et d’autres stratégies. C’est particulièrement frappant en mathématiques.

Quels sont les frais à prévoir pour réaliser un échange avec 3elf ?

Les frais sont les suivants :
– 10 euros d’adhésion à l’association qui correspondent à l’attestation d’assurance
– 50 euros de frais de dossier
– si l’échange est accepté, environ 1200 euros l’échange payables en plusieurs fois.

Bien sûr, à cela s’ajoutent les frais liés à la pré-visite et aux déplacements vers les lieux de réunion.

Merci Véronique, et bravo à tous les enfants qui se lancent dans cette aventure. Si un tel échange commence à vous trottiner dans la tête, n’hésitez-pas à contacter l’association 3elf.

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