Il ne reste que quelques mois à Laila, Laurent et leurs 3 enfants pour profiter de New York, car après 5 ans à Big Apple, ils vont retourner vivre en Suisse. Leurs jumeaux passent leur bac option internationale (OIB) en juin et seront étudiants à la rentrée prochaine. Leur petit dernier de 13 ans viendra avec eux en Suisse. Cette famille belge a déjà vécu en Suisse et en Hongrie avant de s’installer à New York. A chaque changement de pays, Laila et son mari Laurent se sont beaucoup questionnés sur la scolarité de leurs enfants.
De mère norvégienne et de père belge, Laila a déjà vécu elle-même beaucoup de défis des enfants bilingues. Quel système scolaire choisir ? Comment faire de leurs enfants des bilingues ? Quel bac passer ? Nous avons demandé à Laila de témoigner sur le parcours de sa famille multi-expatriée et de partager avec nous leurs motivations, leurs questions, leurs attentes et leurs doutes. Les enfants ont dû s’adapter à plusieurs écoles françaises et Laila parle avec recul des conséquences de leurs choix de parents pour leurs enfants, et sur les études qu’ils s’apprêtent à commencer.

La famille de Laila multi-expatriée depuis 17 ans La première expatriation et le premier choix d’école : sera-t-il le bon ?

C’est à Bruxelles que naissent les jumeaux de Laila et Laurent. Lorsqu’ils ont 18 mois, la société de Laurent lui propose un poste en Suisse. La famille s’installe à Genève et les enfants sont scolarisés à l’école publique suisse réputée pour son niveau académique. La famille s’agrandit d’un 3ème petit garçon. C’est en 2011 que Laurent a l’opportunité de travailler à Budapest. La famille se pose alors beaucoup de questions sur la scolarité de leurs enfants car ils savent qu’ils pourraient vivre dans d’autres pays par la suite, même si rien n’est garanti. Thomas et Martin vont entrer en CM2 et Alexis en CP.

Faut-il inscrire les enfants au lycée français de Budapest et poursuivre leur éducation scolaire en français ? Pourquoi ne pas les mettre à l’école américaine et leur offrir la chance d’élargir leurs horizons et de parler parfaitement anglais ?

Pour les aider dans leurs réflexions, ils interrogent leurs amis qui ont eux-mêmes vécu leur scolarité à l’étranger. « En écoutant nos amis, nous avons été interpellés par ceux qui nous racontaient avoir été traumatisés par les changements d’écoles et de langues, et les difficultés d’intégration qu’ils avaient vécues en ne parlant pas la langue des autres enfants à la récré. Nous nous sommes dit que nous ne voulions pas faire vivre ça à nos enfants. », raconte Laila. A l’inverse, ceux qui avaient effectué leur scolarité dans les lycées français disaient avoir apprécié la continuité de la langue, du cursus et du style bien que chaque école ait ses spécificités.

Laila et Laurent choisissent donc l’école française et ils se disent que c’est une décision engageante et de long terme au cas où ils partiraient dans d’autres pays.

La vie des enfants au lycée français de Budapest

Les enfants de Laila scolarisés au lycée français de BudapestArrivés au lycée français de Budapest, les enfants reçoivent un très bon accueil. « Les locaux sont magnifiques avec un grand auditorium et un gymnase immense. », se souvient Laila. Venant du système scolaire suisse, les enfants doivent tout de même s’adapter au style d’enseignement de l’école française. « Mes jumeaux ont dû faire plus attention à la tenue de leurs cahiers, plus stricte qu’à l’école suisse, ils ont dû apprendre plus de choses par cœur, et faire avec moins d’encouragements de la part des profs. », fait remarquer Laila. D’un point de vue académique, la transition est invisible et les résultats scolaires des enfants sont bons. Laila est très contente de l’enseignement et elle trouve le corps professoral de grande qualité. A aucun moment elle n’a regretté le non choix de l’école américaine.

Concernant leur intégration, les enfants n’ont pas tous eu la même histoire. Les jumeaux se sont vite fait copains avec les 3 autres enfants francophones de leurs classes car difficile de se mettre au hongrois, la langue de la récré. Dans la classe de CP d’Alexis, il y a peu d’enfants préférant le français et ce dernier souffre davantage de la barrière de la langue durant les premiers mois. « Dans leurs tranches d’âge, il n’y avait pas beaucoup d’enfants expats comme eux, explique Laila, mais beaucoup d’enfants de couples mixtes ou hongrois, or c’est une langue vraiment difficile à apprendre. »

Après 3 ans à Budapest, beaucoup de copains français étaient partis et les enfants ont été ravis de la grande nouvelle : la famille va s’installer à New York !

La deuxième expatriation remet-elle en question le choix de la scolarité des enfants ?

Les enfants de Laila scolarisés à l'école franco-américaine de New York« Vivre à New York, on se dit que c’est un rêve qui devient réalité ! », s’exclame Laila. A l’idée de s’établir dans un pays anglophone en 2014, Laila et Laurent se posent à nouveau la question de l’école où iront leurs enfants. « Vivre aux Etats-Unis, c’est une chance unique pour nos enfants de devenir bilingues en anglais. L’apprentissage de la langue locale ne s’était pas beaucoup posé avec le hongrois mais avec l’anglais tout changeait. ». Laila et Laurent réfléchissent à nouveau aux raisons qui les ont fait opter pour l’école française : la continuité académique et une transition douce pour leurs enfants entrant en 4ème et en CM1. Si leurs enfants avaient tous été plus jeunes, peut-être que leur choix aurait été différent reconnait Laila. Alors les parents cherchent une école française qui pourra aussi donner à leurs enfants un bon niveau d’anglais.

Autre dilemme pour les futurs new yorkais : choisir entre le lycée français de New York à Manhattan ou le Weschester, où se trouve l’autre grande école franco-américaine, la FASNY (French American School of New York). « Manhattan est vraiment très cher et avec des garçons qui aiment le foot nous avons préféré les grands espaces. De plus j’ai vraiment été enthousiasmée par la FASNY. » explique Laila. « L’école fait la part belle à l’anglais et c’était important pour nous. Au collège, mes jumeaux faisaient bio, « social studies » et sport en anglais ; maths, histoire-géo et physique en français. »

La vie des enfants à la FASNY

Avant la rentrée des classes, les jumeaux participent à un camp de football organisé par l’école et ils s’y font plein d’amis. « L’intégration a été beaucoup plus facile à New York qu’à Budapest, souligne Laila. Les autres enfants parlent plus facilement français et les miens avaient déjà un petit niveau d’anglais. » En effet, au moment des cours d’anglais, les enfants qui ne sont pas anglophones participent à des cours d’anglais spéciaux ESL (English as a Second Language). Grâce aux cours d’anglais qu’ils ont toujours suivis en extrascolaire depuis l’âge de 4 ans, les jumeaux intègrent en 4ème les cours d’anglais en niveau « intermediate ». Alexis entre en CM1 au niveau ESL et intégrera le niveau « regular » après 3 ans. A la FASNY, les enfants sont scolarisés avec beaucoup d’autres enfants ayant vécu dans plusieurs pays.

Bien qu’ils viennent d’un lycée français, les enfants de Laila doivent s’adapter au style de la FASNY où il y a plus de devoirs qu’avant et où les enfants sont plus stimulés qu’à Budapest. Mais le rythme des journées est identique, le cursus académique familier et la rigueur déjà bien intégrée.

La préparation du bac et les études à l’étranger

« Les jumeaux passent le bac OIB cette année et pour moi c’est vraiment le meilleur des deux mondes, explique Laila, car ce diplôme récompensera leur niveau en français mais aussi en anglais. Pour leurs études d’ingénieur civil et aéronautique, les garçons ont postulé à McGill au Canada, aux universités de Londres et de Bristol, ainsi qu’en Suisse. »

A la FASNY, les élèves ont la possibilité de passer :

  • Le Baccalauréat de France avec les options ES ou S
    • Ils peuvent ajouter « l’option bac international », ce bac est souvent appelé OIB. Aux épreuves standard du bac s’ajouteront des épreuves en anglais.
  • l’International Baccalaureate Diploma, appelé IB
    • Ils peuvent ajouter l’option IB bilingual diploma

Si le premier est en français, l’IB est entièrement en anglais, exception faite pour dans les deux cas des épreuves de langues.

Bien sûr, la FASNY suivra la réforme du Bac Français pour les élèves actuellement en seconde et qui passeront le bac en 2021.

A noterEn prouvant un certain niveau en anglais les élèves ayant choisi l’OIB seront dispensés de passer le TOEFL.

Le programme IB a été lancé en 1968 à Genève en Suisse pour répondre à la demande de parents expatriés multi-pays afin d’offrir aux élèves un programme et un diplôme reconnus au niveau mondial. Aujourd’hui, 4 700 écoles offrent le programme IB dans 150 pays. Au lycée, c’est un programme à la carte. Chaque élève doit choisir 6 cours, avec des majeurs et des mineurs et devra produire un « Essay » de 4 000 mots. Actuellement, l’IB est encore peu reconnu par les universités en France mais les choses évoluent vite. Il est notamment intéressant pour les élèves souhaitant faire leurs études dans les pays anglo-saxons.

Au regard des pays traversés et de la scolarité choisie pour ses enfants, Laila conclut : « Nous sommes restés fidèles à nos convictions en matière de scolarité et je pense que c’est une stratégie qui a largement porté ses fruits quand je vois aujourd’hui où en sont mes enfants. Bien sûr notre vie aurait été bien différente si nous étions restés en Belgique et si nous n’avions pas vécu dans un pays anglophone, les enfants n’auraient pas eu les mêmes possibilités d’étudier à l’étranger. L’expatriation a été une chance mais il a fallu apprendre à naviguer et prendre des décisions qui ont fortement orienté nos enfants. »

D’ailleurs, pour elle aussi, l’aventure a été différente, son expatriation lui a donné l’envie de se lancer en créant TripTam, un site de partage de voyages qui s’avère très utile aux familles expatriées qui y trouvent des itinéraires et des expériences vécues par d’autres familles qui leur ressemblent.


Pour vous aider dans vos réflexions concernant la scolarité de vos enfants, lisez notre article Quel système éducatif choisir en expatriation pour ses enfants ?

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