Marianne Yayane Verbuyt : « Je crois tellement à l’enseignement que je ne crois plus à l’école, telle qu’elle existe aujourd’hui. »

Marianne Yayane Verbuyt est une femme dynamique et passionnante qui a développé un véritable amour de la pédagogie, du « comment on apprend »  dont elle pourrait vous parler pendant des heures! Ayant de solides compétences en psychologie et une longue expérience de l’enseignement à des enfants ayant des besoins particuliers, elle a créé sa propre méthode d’apprentissage des conjugaisons en français. Marianne’s Alpha Kappa (MAK) est une méthode innovante qui pourrait bien enlever une épine du pied aux enseignants ou aux parents qui ont la lourde tâche de faire assimiler nos difficiles conjugaisons à des enfants pour qui le français est un challenge. Scolarité internationale, difficultés d’apprentissage, multilinguisme… pour tous ces élèves, j’ai eu envie de vous présenter Marianne et sa méthode.

L’enseignement du français est-il adapté aux profils variés des écoles bilingues ?

Marianne n’a pas inventé MAK en se réveillant un matin et en ayant une idée magique. C’est le fruit de nombreuses années de réflexion qui ont commencé pratiquement au début de sa carrière. Car avant de s’installer à New York, Marianne avait obtenu un Master en psychologie clinique et s’était intéressée aux enfants en difficulté d’apprentissage, notamment en enseignant dans des centres de formation spécialisés ainsi qu’aux enfants en séjour long à l’hôpital, avec l’association « Votre école chez vous ». A son arrivée aux USA, elle est enseignante puis coordinatrice du programme de français en cycle 2 au lycée français de NY. Pendant 5 ans elle doit faire face à la diversité de profils des enfants qui y sont scolarisés, natifs anglophones, francophones, ou internationaux, et aux difficultés qu’ils rencontrent avec la langue française.

Car les écoles françaises à l’étranger et les programmes bilingues en général ne considèrent pas nécessairement que les profils variés de leurs élèves nécessiteraient un apprentissage différent du français, et bien souvent elles n’en ont simplement pas les moyens. Nombre de leurs élèves ont pourtant des parcours atypiques et l’enseignement de la langue tel qu’il est pratiqué en France n’est pas approprié à tous.

Marianne explique : « L’apprentissage du français à l’école repose sur le bagage oral de l’enfant qui est censé avoir déjà assimilé les bases de la langue : vocabulaire, structure de phrase, conjugaison, on estime qu’il sait reconnaitre les sons et appréhender les structures de phrases. Les enfants qui n’ont pas ce bagage seront vite perdus si on ne leur décortique pas ces bases pour qu’ils les comprennent. »

Pourquoi MAK s’est d’abord attaqué aux conjugaisons en français ?

En réfléchissant à la manière d’aider ces élèves qui galèrent avec le français, Marianne s’est inspiré de la méthode Borel-Maisonny pour sourds et muets et l’a adaptée aux enfants bilingues pour les aider à visualiser les sons qu’ils n’entendent pas. En effet, ceux qui ont appris le français à l’école sans être immergé dans la langue dès leur plus jeune âge ne distinguent pas nécessairement la différence entre les sons, par exemple « on » et « an » peuvent leur paraitre identiques. Puis à l’écrit, il faut qu’ils assimilent par exemple que le son e  se prononcera é s’il est précédé de 2 consonnes (efficace) ou a s’il est précédé de 2 « m » (différemment), etc.

Selon Marianne « Il faut les aider à décoder les différences entre l’anglais et le français et leur enseigner la structure propre de la langue, comme on leur apprendrait un code mathématique ». Ainsi ils vont pouvoir la manipuler, changer les mots de place, comprendre comment ça fonctionne et pourquoi c’est différent d’une autre langue. Cela commence par le verbe qui est au coeur de la phrase.

La méthode joue avec la structure de la phrase

Ainsi sa méthode s’attache d’abord à maitriser 105 verbes fondamentaux aux temps de l’indicatif. Différencier les sons, apprendre à reconnaitre les lettres qui ne se prononcent pas ou se prononcent différemment, comprendre les terminaisons, tout cela grâce à des codes couleur et à une approche adaptée, allant du plus facile au plus difficile. Et si cela passe par une classification des verbes qui n’a rien à voir avec les 3 groupes qui sont enseignés en France, ce n’est pas grave, l’essentiel est de faire comprendre à un enfant non natif francophone que des verbes comme parler (1er groupe) et offrir (3e groupe) ont des terminaisons similaires.

Apprendre la conjugaison

Sarah Sidi, en charge de la communication de MAK, rappelle que le défi est de leur donner des outils adaptés mais aussi de leur redonner confiance, de les encourager et leur montrer qu’en avançant à petits pas, les conjugaisons françaises sont à leur portée.

Des cartes et un manuel pour apprendre les conjugaisons en s’amusant

Selon Marianne, la conjugaison n’est pas simple et pas facile à enseigner. Pourtant le verbe est le moteur de la phrase.

Le lexique s’acquiert très souvent en parlant, au cours des rencontres et des centres d’intérêt mais le verbe avec ses temps, ses concordances, ses homophonies… reste un domaine complexe. Sa réflexion est venue avec tous les enfants à qui elle a enseigné et elle a créé un jeu de cartes pour apprendre à conjuguer les 105 verbes les plus utilisés de la langue française, ainsi qu’un manuel expliquant la méthode. Un de ses anciens étudiants qui manie le crayon avec adresse a offert son talent pour les illustrer. Marianne raconte : « Il est étonnant de voir comment l’enfant s’approprie le dessin. C’est un personnage unique qui n’a ni nom, ni genre, ni ethnie…   à l’apprenant ou au groupe classe de le nommer ou de ne pas le nommer. Représenter le verbe par le dessin permet de ne pas passer par l’anglais. Enseigner c’est savoir utiliser tous les canaux de l’apprentissage auditif, visuel et kinesthésique. »

Formuler une phrase avec les cartes

Les conjugaisons sont écrites en respectant un code couleur pour éviter les erreurs de prononciation. Les lettres non prononcées sont grises, les sons complexes sont rouges et les liaisons sont marquées. Des schémas (cartes mentales) et des tableaux résument l’utilisation et la  formation de chaque temps. Il en est de même pour les concordances des temps et pour la construction des formes affirmatives, négatives et interrogatives des différents temps.

Tableau sur les sons

Vous l’avez compris, le visuel est à l’honneur et chacun acquiert la règle avec ses propres mots. Cette démarche reste inchangée dans le note book ou l’élève écrit sa propre phrase pour se remémorer une nouvelle notion. Sa passion de l’enseignement l’a même poussée à en créer un pour droitier et un pour gaucher.

Et Marianne ajoute : « La progression de l’apprentissage des conjugaisons du mode indicatif ne suit pas la progression française mais est abordée par difficulté croissante. On offre tout de suite à l’enfant, pour les verbes les plus simples, la possibilité de s’exprimer au passé, au présent ou au futur. La langue reste une manière de se conter. Où est le ludique dans tout cela ? Grâce aux cartes et à la manipulation, l’apprentissage vit et se dessine. J’ai tenté d’effacer les interminables récitations de verbes qui ne font pas de sens et les fameux exercices à trous où bien souvent l’apprenant ne lit pas les phrases. »

Parents et professeurs ont un rôle à jouer

Manuel de la méthodeCe jeu de cartes et le manuel sont vendus en ligne sur le site MAK. Parents et professeurs peuvent s’approprier cette méthode mais pour bien comprendre la pédagogie qui va avec, Marianne et son équipe proposent de former les enseignants. C’est ce qu’elles ont fait avec les équipes pédagogiques de la FIAF (French Institute Alliance Française, à NY) pour l’enseignement en maternelle qui utilisent MAK, et peu à peu avec d’autres écoles bilingues à New York. Les professeurs de français ont alors un nouvel outil pour apprendre les conjugaisons autrement, et ils ont aussi accès à une pédagogie nouvelle. Que vous soyez enseignant ou parent d’un enfant scolarisé dans un programme bilingue, MAK est une méthode innovante qu’il est intéressant de soumettre aux responsables pédagogiques pour faire bouger les choses et viser un meilleur niveau en français pour tous les élèves.

En parallèle, MAK propose aussi du tutorat aux élèves de tous niveaux pour le français mais aussi pour les maths, toujours dans l’objectif d’aider les élèves qui ont des profils atypiques. Par exemple un élève qui suit le programme de maths de l’éducation nationale française à l’école et qui doit se préparer aux examens américains pour intégrer une grande université.

 

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