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En combien de temps mon enfant peut-il devenir bilingue ?

Article invité – Témoignage de Catherine Allibert, écrivain et accompagnatrice des enfants expatriés dans le monde de la langue française.

Ronde d'enfants du monde entier« En combien de temps mon enfant peut-il devenir bilingue ? », c’est la question que m’a posée un jour une maman. Je venais de lui dire que les miens avaient mis environ trois mois. Prise de court par sa question, j’avais dû alors bredouillé un « ça dépend… » sans trop aller plus loin. Mais cette question m’est restée à l’esprit et je me propose de vous donner aujourd’hui quelques éléments de réponse. Laissez-moi d’abord me présenter. Je suis la maman d’un garçon de 7 ans et d’une fille de 9 ans et nous vivons depuis quatre ans aux États-Unis. Lorsque nous sommes arrivés, ils avaient respectivement 3 et 5 ans.

« Ça y est, mon enfant est bilingue ! »

Dans mon cas, j’ai estimé que mes enfants avaient atteint le bilinguisme, lorsque je les ai vus être complètement à l’aise dans leur école américaine, tant dans leurs interactions avec leurs copains qu’avec leur maîtresse. Le jour où ma fille a fait un exposé devant toute la classe a été pour moi le déclic : à mes yeux, elle avait réussi. Maîtrisait-elle pour autant parfaitement la langue ? Non, loin de là !
Être bilingue, c’est savoir parler aisément deux langues. Mais les caractéristiques d’une langue sont très larges. Un tout petit enfant qui connaît tous les mots dans deux langues différentes mais qui n’a pas encore la maîtrise de la syntaxe, est-il bilingue ? Un adolescent qui sait parfaitement se débrouiller pour survivre dans un pays étranger mais n’a un vocabulaire que très approximatif est-il pour autant bilingue ? Une personne qui (comme moi, lorsque je suis arrivée aux États-Unis !) a un bon niveau d’anglais scolaire mais qui ne l’a jamais confronté avec des natifs est-elle bilingue ?
Les questions à se poser donc, avant d’essayer de savoir combien de temps son enfant va mettre, sont « Quel niveau est-ce que je veux qu’il atteigne ? Et quels sont les repères qui me permettront de constater qu’il l’a atteint ? »

Le mythe de l’éponge

« C’est parce qu’ils étaient petits qu’ils ont appris aussi vite ! À cet âge ce sont de vraies éponges ! » De mon point de vue, ce n’est pas aussi simple.
J’ai autour de moi des exemples d’enfants expatriés qui, en maternelle, même après un an d’école, ne pouvaient toujours pas parler avec la maîtresse ou avec leurs amis. Ils étaient pourtant dans le même bain que mes enfants. Comment expliquer cela ?
L’âge compte dans l’apprentissage non pas parce que leur cerveau aurait plus de capacités lorsqu’ils sont petits et serait plus « encombré » à mesure qu’ils grandissent, comme le laisse entrevoir cette image de l’éponge, mais parce que lorsqu’on est plus jeune, on est plus réceptif et souvent plus enthousiaste. Les plus petits ne sentent pas la pression sociale du « il faut bien parler » et se lâchent plus facilement. L’erreur n’est pas bloquante. Leur spontanéité les aide. Je le vois souvent dans mes accompagnements : les enfants plus grands (d’une dizaine d’années) s’autocensurent, la nécessité du « parfait » les bride !
Un enfant plus âgé prendra probablement plus de temps pour assimiler une langue mais arrêtons de penser que c’est une fatalité et redonnons-leur la confiance et le goût d’essayer !

La régularité de l’apprentissage

Comment mes enfants ont-il atteint ce niveau si rapidement ? Ils ont eu des cours d’anglais tous les jours pendant trois mois ! Et pour cause, l’américain était leur langue d’apprentissage : histoire, géographie, mathématiques, même leurs jeux avaient lieu dans une langue qui au début leur était totalement étrangère. Ils ont eu des cours de soutien pour ne pas décrocher de cet enseignement. Que de frustration dans ces débuts difficiles. Nous avons vu les différentes phases : du « je ne comprends rien à ce que me dit la maîtresse ! » en passant par « la maîtresse ne comprend pas ce que je dis », jusqu’au victorieux « J’ai posé la question à la maîtresse et elle m’a répondu ! ». Nous les avons soutenus, chaque jour, en répondant à leurs questions, en jouant avec les mots, en lisant des histoires dans cette nouvelle langue.
Oui, chaque jour.
Il est soudain plus facile de comprendre qu’ils n’aient mis que trois mois pour être à l’aise avec cette langue !
Il est important de toujours avoir à l’esprit cette évidence : plus l’enfant est en contact régulièrement avec la langue que vous voulez qu’il apprenne, plus il l’assimilera rapidement.

L’implication de l’enfant

Par ailleurs, mes enfants étaient extrêmement motivés pour apprendre cette langue et pour cause : ils avaient envie de se faire des amis, de communiquer avec la maîtresse, de s’adapter complètement à leur nouvel environnement. L’expatriation aide beaucoup !
Pas facile si l’on est en France ? Partir à la recherche de solutions qui l’enthousiasmeront fait partie de l’aventure des parents. Ces solutions existent et sont plus nombreuses que nous le croyons (vous êtes sur le bon site pour les découvrir !)
Mais surtout expérimentons, cherchons, ajustons. Ayons l’audace d’essayer, cherchons ce qui va résonner dans le cœur de notre enfant !
Au-delà de cela, pensez que l’intérêt d’une langue réside aussi dans la découverte d’un pays, d’une culture, d’une autre manière de penser. Votre enfant est plein de curiosité : faites lui découvrir d’autres mondes ! Plus il sera captivé, plus il s’appropriera la langue rapidement.

L’importance de l’environnement

Bien sûr, mes enfants étaient dans un bain linguistique complet. Bien sûr, pour le cas des enfants non expatriés, l’apprentissage est plus long et peut prendre plusieurs années. En France, les associations bilingues créent des communautés qui permettent de vraiment se plonger dans une langue étrangère et de rencontrer des natifs. Certaines familles bilingues recherchent celles qui sont dans le même cas et organisent des rencontres. Soyez à l’affût de ces rencontres et si rien ne se présente, pourquoi ne pas les initier ?
À la maison aussi, on peut par petites touches inviter nos enfants à la découverte. Un moment dans la journée peut être dédié complètement à la pratique de cette autre langue. Le repas du soir peut être l’occasion d’une conversation imaginaire dans un autre pays du globe ! À vous de créer cet environnement pour que votre enfant sente le plaisir de pratiquer la langue. Plus il y aura de plaisirs et d’occasions de la parler, plus l’assimilation sera rapide !

Bien sûr, trois mois pour apprendre une langue c’est exceptionnel. Toutes les bonnes conditions étaient réunies : bain linguistique, enthousiasme, soutien. Et si aujourd’hui je croisais de nouveau cette maman et qu’elle me posait la même question, je lui répondrais probablement la même chose. « Ça dépend ! » Mais j’en profiterais pour lui poser des questions pour qu’elle-même se rende compte de sa situation, des solutions qu’elle peut rechercher, essayer, adapter et appliquer. Je lui dirais que ça dépend des moyens, de la persévérance, de la motivation et du plaisir que nous, parents, allons mettre dans cette fabuleuse aventure.
Alors, combien de temps pour devenir bilingue ?… Et si, au lieu de nous focaliser sur le temps nécessaire, nous privilégions le parcours vers l’acquisition de cette nouvelle langue et profitions pleinement de ces instants de découverte ?

Portrait de Catherine Allibert

Témoignage de Catherine Allibert
Ecrivain et accompagnatrice des enfants expatriés dans le monde de la langue française.
Son site web: www.unehistoiredeninjasetdesamourais.com

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